La guerre des dirigeants : Wolff face à Horner pour le contrôle d'Alpine
La Formule 1 ne cesse de nous offrir des rebondissements, et celui du 9 mars 2026 en constitue une illustration parfaite. Selon des informations révélées par The Telegraph Sport, Toto Wolff, directeur de l'écurie Mercedes, envisagerait sérieusement le rachat des 24 % de parts détenues par Otro Capital au sein d'Alpine F1 Team. Une participation que Christian Horner, l'ancien patron de Red Bull, convoite également depuis plusieurs semaines.
Si cette opération venait à se concrétiser, elle marquerait un tournant décisif dans la recomposition du paysage de la Formule 1, tout en ranimant une rivalité entre les deux hommes qui a marqué des années entières de compétition. Un duel que l'on croyait appartenir au passé, mais qui resurgirait désormais dans les salles de conseils d'administration.
24 % d'Alpine : une participation valant plusieurs centaines de millions
Pour saisir pleinement l'enjeu de cette transaction, il convient de revenir aux origines de cette participation. En juin 2023, le groupe Renault avait cédé 24 % d'Alpine Racing Ltd à un consortium mené par Otro Capital, RedBird Capital Partners et Maximum Effort Investments, pour un montant de 200 millions d'euros. Cette opération avait attiré des personnalités issues du monde du sport, parmi lesquelles les footballeurs américains Patrick Mahomes et Travis Kelce, le golfeur Rory McIlroy, les footballeurs Trent Alexander-Arnold et Juan Mata, ou encore le boxeur Anthony Joshua.
Aujourd'hui, la valorisation d'Alpine est estimée entre 1,5 et 1,86 milliard de livres sterling, ce qui porterait la valeur des 24 % à environ 448 millions de livres (soit près de 530 millions d'euros). Une plus-value considérable pour Otro Capital, et un investissement de taille pour tout acquéreur potentiel.
Flavio Briatore avait lui-même confirmé en janvier 2026 que les actionnaires d'Otro souhaitaient se désengager : « Otro veut vendre sa participation dans Alpine. » Une déclaration sans équivoque, qui a ouvert la voie à une bataille d'envergure.
Christian Horner : un retour en Formule 1 par le biais d'Alpine ?
Depuis son départ de Red Bull Racing à l'été 2025, après plus de vingt ans à la tête de l'écurie, Christian Horner cherche activement à retrouver sa place au sein du paddock. Il l'a d'ailleurs exprimé sans détour : il lui reste « des affaires inachevées en Formule 1 » et ne reviendrait qu'en tant que « partenaire, et non en tant qu'employé ».
Selon les termes de son accord de départ avec Red Bull, il est libre de réintégrer la Formule 1 à compter du début du mois de mai 2026. Son objectif semble tout tracé : racheter les 24 % d'Otro Capital à la tête d'un consortium d'investisseurs, s'offrant ainsi une porte d'entrée dans le sport automobile de haut niveau.
Les ambitions d'Horner sont connues et documentées. Alpine traverse justement une phase de transformation, avec des objectifs ambitieux pour 2026-2027 fixés par Flavio Briatore lui-même. Un contexte propice à l'arrivée d'un homme de son expérience.
Wolff entre en scène : stratégie ou manœuvre d'obstruction ?
C'est dans ce contexte que la révélation du Telegraph Sport prend tout son sens. Toto Wolff ne se contenterait pas de fournir des moteurs à Alpine : il envisagerait d'entrer personnellement au capital de l'écurie d'Enstone en rachetant les parts d'Otro Capital.
Mercedes F1 a réagi avec retenue à ces informations : « Mercedes est un partenaire stratégique clé d'Alpine et nous sommes tenus informés des derniers développements. » Une réponse diplomatique, mais lourde de sous-entendus.
Deux interprétations s'imposent. La première est d'ordre stratégique : en prenant une participation dans Alpine, Wolff renforcerait les liens entre les deux structures, bien au-delà de l'accord commercial portant sur les groupes motopropulseurs, signé en novembre 2024 et valable jusqu'en 2030. Des synergies supplémentaires pourraient émerger, tant sur le plan technique que commercial.
La seconde lecture est plus politique : si Wolff intègre le capital d'Alpine, il rendrait quasi impossible l'arrivée d'Horner. Le groupe Renault, détenteur de 76 % des parts, devra valider tout changement d'actionnariat. Il est difficile d'imaginer que la présence de Wolff ne pèse pas dans la balance.
Le partenariat moteur avec Mercedes : l'atout maître de Wolff
Depuis l'annonce, fin septembre 2024, du renoncement de Renault à son programme moteur après la saison 2025, Alpine a perdu son statut d'écurie usine. La signature avec Mercedes en novembre 2024 pour la fourniture des groupes motopropulseurs et des boîtes de vitesses à partir de 2026, et ce jusqu'en 2030 au moins, a constitué une bouée de sauvetage.
Cet accord place Mercedes dans une position de force considérable vis-à-vis d'Alpine. Le Grand Prix d'Australie 2026 l'a d'ailleurs démontré : les groupes motopropulseurs Mercedes ont affiché une performance remarquable dès le premier rendez-vous de la saison. Pour Briatore, qui promet des victoires en 2026 et un titre en 2027, ce partenariat technique est essentiel.
En entrant au capital, Wolff transformerait cette collaboration commerciale en une alliance structurelle. Un coup de génie qui lui permettrait d'étendre l'influence de Mercedes bien au-delà de sa propre écurie.
Le spectre de la détention de plusieurs écuries
Une telle opération ne manquerait pas de soulever des interrogations au sein du paddock. Le débat sur la propriété de plusieurs équipes est déjà vif depuis des années, alimenté notamment par le cas de Red Bull et de son écurie sœur, Racing Bulls.
Zak Brown, le PDG de McLaren, s'est montré l'un des critiques les plus virulents de ce modèle : « Cela crée un conflit d'intérêts, compromet l'équité sportive et offre des avantages injustes dans le partage des informations techniques. » Il a explicitement appelé la FIA à légiférer pour interdire de telles structures.
Si Toto Wolff, en sa qualité de directeur d'une écurie concurrente, devenait également actionnaire d'Alpine, les questions de gouvernance seraient inévitables. Mercedes et Alpine se retrouveraient soumises aux mêmes réglementations techniques en 2026 et partageraient le même groupe motopropulseur. La frontière entre compétition et coopération deviendrait alors particulièrement ténue.
Le conseil d'administration de Mercedes devra également donner son aval à une telle opération, ajoutant une couche supplémentaire de complexité à la transaction.
Alpine à un tournant : l'enjeu de la saison 2026
Cette bataille pour le capital intervient à un moment critique pour une écurie qui cherche avant tout à se concentrer sur la piste. Après une saison 2025 difficile et la démission surprise d'Oliver Oakes en mai 2025, Flavio Briatore a pris les rênes de facto de l'équipe d'Enstone, sans pour autant en être le directeur officiel (il ne détient pas la licence FIA requise).
L'écurie a tenu à afficher une position de neutralité dans sa communication : « Nous sommes régulièrement approchés par de multiples parties et investisseurs potentiels concernant les parts d'Otro. Nous ne commentons pas de noms ou d'individus spécifiques. Notre priorité absolue est le début de la saison et la reprise de performance sur la piste. »
Un discours de façade, car toute évolution de l'actionnariat est immédiatement perçue comme un signal stratégique fort quant à la direction que prendra l'équipe dans les années à venir.
Ce qu'il faut retenir
La course aux 24 % d'Alpine ne se limite pas à une simple transaction financière. Elle cristallise plusieurs enjeux majeurs pour la Formule 1 en 2026 :
- La rivalité Wolff-Horner, relancée dans une nouvelle arène après des années de batailles sportives mémorables.
- La stratégie de Mercedes, qui pourrait consolider son influence sur la grille bien au-delà de sa propre monoplace.
- L'avenir d'Alpine, à l'heure où l'écurie espère enfin retrouver la compétitivité avec les nouvelles réglementations et son nouveau moteur.
- Les questions de gouvernance, que la FIA et le paddock devront trancher si la détention de plusieurs écuries par des entités liées venait à se généraliser.
Une certitude demeure : dans les semaines à venir, le feuilleton Wolff-Horner-Alpine promet de captiver l'ensemble du paddock, alors que la saison 2026 bat son plein sur la piste.






