Le 20 mars 2026, sur le circuit de Jarama en Espagne, Florian Huettl, PDG d’Opel, et Jeff Dodds, directeur général de la Formule E, ont officialisé l’une des annonces les plus retentissantes de l’ère Gen4 : Opel intègre le Championnat du Monde ABB FIA de Formule E dès la saison 2026-2027, sous le nom d’Opel GSE Formula E Team. Ce retour fracassant sur la scène du sport automobile de haut niveau marque la fin d’une longue absence pour la marque au Blitz, éloignée des monoplaces depuis plusieurs décennies.
« Rejoindre la Formule E constitue une étape majeure pour Opel dans notre transition vers un avenir électrique », a déclaré Florian Huettl. « Notre équipe Opel GSE Formula E incarnera les valeurs fondamentales de notre marque : ingénierie allemande, design audacieux et performance électrifiée. »
Un héritage sportif centenaire
On méconnaît souvent l’un des patrimoines les plus riches du sport automobile européen : celui d’Opel. La première victoire de la marque remonte à 1901, lorsque Heinrich von Opel s’imposa lors de la course de côte de Königsstuhl, près de Heidelberg, au volant d’une Opel Patent Motorwagen. Entre 1903 et 1926, le pilote d’usine Carl Jörns accumula pas moins de 288 victoires, toutes remportées au volant de monoplaces Opel.
Plus récemment, en 1982, Walter Röhrl décrocha le titre mondial des rallyes au volant d’une Opel Ascona 400, devenant ainsi le dernier pilote sacré sur une voiture à propulsion arrière. En 1996, Manuel Reuter s’illustra en remportant le Championnat des voitures de tourisme (ITC) au volant de la Calibra V6, face à des adversaires tels que Mercedes et Alfa Romeo. En 2003, Opel triompha même aux 24 Heures du Nürburgring. Après son retrait du DTM en 2005, le programme sportif officiel de la marque s’est fait plus discret… jusqu’à aujourd’hui.
Opel a également marqué l’histoire des monoplaces avec la GM Opel Euroseries (1988-1999), un championnat qui a révélé de futurs champions du monde comme Mika Häkkinen, Rubens Barrichello et Pedro Lamy.
Pionniers de l’électrique depuis 1971
Ce que l’on sait moins, c’est qu’Opel a joué un rôle précurseur dans le domaine de la mobilité électrique. Dès 1968, la Kadett B Stir-Lec explorait le concept d’autonomie prolongée, une technologie qui sera plus tard commercialisée sous le nom d’Opel Ampera. Mais c’est en 1971 que Georg von Opel, petit-fils du fondateur de l’entreprise, établit six records du monde pour véhicules électriques en atteignant 188 km/h au volant d’une Opel Electro GT.
Cet héritage pionnier s’est poursuivi depuis 2021 avec l’ADAC Opel Electric Rally Cup, la première coupe monomarque entièrement électrique au monde. Pendant cinq saisons, de jeunes talents ont démontré que le sport automobile durable n’était pas seulement possible, mais aussi spectaculaire, au volant de la Corsa Rally Electric. « Ce qui a débuté il y a cinq ans avec la création de la première coupe de rallye monomarque 100 % électrique aboutit aujourd’hui à notre participation au Championnat du Monde FIA », résume Jörg Schrott, directeur du département Motorsport d’Opel et Team Principal de la nouvelle écurie.
« Le sport automobile a toujours fait partie de l’ADN d’Opel. Au cours des cinq dernières années, nous avons ouvert la voie dans le sport électrique en rallye, avec une initiative que nul autre constructeur n’avait osé entreprendre. Avec cette expérience en compétition électrique, rejoindre la Formule E s’imposait comme une transition naturelle. »
GSE : quand la compétition inspire la production
L’engagement d’Opel en Formule E ne relève pas d’une simple opération de communication. Il s’inscrit dans une stratégie de marque cohérente, centrée sur le badge GSE – Grand Sport Electric, qui remplace désormais l’historique label OPC (Opel Performance Center) pour désigner les modèles sportifs électrifiés.
Après le Mokka GSE (207 kW / 280 ch, 0 à 100 km/h en 5,9 secondes), c’est la Corsa GSE qui sera lancée en 2026, établissant un lien direct entre la voiture de course et les modèles de série. « La Formule E représente une nouvelle étape, reliant directement notre marque de performance GSE », confirme Jörg Schrott.
Aujourd’hui, tous les modèles Opel sont disponibles en version entièrement électrique. Si la marque a revu à la baisse ses ambitions initiales – elle ne vise plus une gamme 100 % électrique en Europe dès 2028 –, elle maintient une stratégie d’électrification ambitieuse, s’appuyant sur des plateformes telles que l’e-CMP (Corsa Electric, Mokka Electric) ou la STLA Medium (Grandland Electric).
La première écurie d’usine autonome de Stellantis
Si Stellantis est déjà présent en Formule E via Citroën, l’arrivée d’Opel marque un tournant décisif : Opel deviendra la première marque du groupe à engager sa propre écurie d’usine autonome dans le championnat, sans s’appuyer sur une structure existante.
L’équipe bénéficiera d’un contrat de quatre ans et sera basée à la fois à Rüsselsheim (Allemagne) et à Satory (France, siège de Stellantis Motorsport). Jörg Schrott, qui a rejoint Opel en 2012 et supervisé l’ensemble de ses activités sportives depuis, notamment en Championnat d’Europe des Rallyes, pilote ce projet depuis deux ans. Les ingénieurs chargés du développement du véhicule, de la stratégie et de la gestion opérationnelle sont déjà en place.
La licence d’engagement a été sécurisée plusieurs mois avant l’annonce officielle. Elle trouve son origine dans celle libérée par l’équipe Techeetah à la fin de la saison 2022, bien qu’aucun lien direct ne subsiste avec cette entité.
« Opel envisageait de rejoindre la Formule E depuis environ deux ans », explique Schrott. « Nous estimons que la Gen4 représente le moment idéal pour nous lancer, car ce championnat correspond parfaitement à notre stratégie de transition vers une mobilité électrique durable. »
Une grille Gen4 en pleine mutation
L’arrivée d’Opel s’inscrit dans un contexte de profonde recomposition de la grille pour l’ère Gen4 (saison 2026-2027). Le changement le plus symbolique est sans conteste le départ de DS Automobiles, qui quitte la discipline après onze années de présence, 18 victoires, 55 podiums, 4 titres mondiaux et un statut de pionnière du paddock électrique. La marque a annoncé se recentrer sur son nouveau partenariat avec SailGP Team France.
Autre bouleversement majeur : Porsche alignera deux écuries d’usine dès la saison 13, devenant ainsi le premier constructeur de l’histoire de la Formule E à engager quatre voitures officielles sous la même bannière. Cette décision, qui a surpris plusieurs acteurs du paddock – dont Nissan –, soulève des questions quant à l’équité sportive et constitue une première dans le règlement du championnat.
Au total, si l’équipe Penske poursuit l’aventure après le départ de DS, la grille Gen4 comptera 24 voitures issues de six constructeurs (Jaguar, Nissan, Stellantis, Mahindra, Porsche et Lola) et huit marques différentes. L’Opel GSE Formula E Team fera ses débuts officiels lors de la présentation des voitures Gen4 en avril au circuit Paul Ricard, au Castellet.
La Gen4, une révolution technique
Opel fait son entrée en Formule E au moment où la discipline connaît sa plus grande évolution technique. La voiture Gen4, dévoilée officiellement le 5 novembre 2025, offre des performances radicalement supérieures à celles de la Gen3 Evo :
- 805 chevaux (600 kW) en qualification et en Mode Attaque
- 603 chevaux (450 kW) en course, soit une augmentation de 50 %
- Transmission intégrale permanente
- Au moins 20 % de matériaux recyclables, et une voiture entièrement recyclable en fin de vie
Les équipes peuvent désormais développer la suspension arrière, les différentiels à blocage limité actif sur les deux essieux, ainsi qu’un système de freinage par fil complété par des freins à friction à l’arrière, en raison des vitesses plus élevées attendues. Pour Opel, c’est l’occasion de mettre en avant son expertise en ingénierie électrique au plus haut niveau de la compétition mondiale.
La Formule E, vitrine de la transformation de Stellantis
Derrière l’engagement d’Opel se profile une stratégie de groupe plus large. Avec le départ de DS, Stellantis a réorganisé son approche du sport automobile électrique sous la direction d’Olivier Janosonnie, qui a succédé à Jean-Marc Finot (parti à la retraite en janvier 2026) à la tête des activités Motorsport du groupe. L’objectif est clair : faire de la Formule E le laboratoire de la transition électrique de Stellantis, avec Citroën et Opel comme fers de lance.
Comme le souligne Jeff Dodds, directeur général de la Formule E : « Opel, marque allemande au riche héritage en ingénierie et à l’image audacieuse, apporte une longue histoire dans le sport automobile et une nouvelle dynamique à la grille de départ. L’engagement d’Opel témoigne de l’importance de la Formule E pour les constructeurs automobiles mondiaux dans leur transition vers la mobilité électrique. »
Avec le Blitz sur la grille, la saison 13 s’annonce comme un tournant historique – pour Opel, pour Stellantis, et pour la Formule E elle-même.






