Après des années fastes portées par une génération dorée, la grille de Formule 2 de la saison 2026 marquera un coup d'arrêt historique pour le clan tricolore : aucun pilote français ne sera au départ. Ce vide, brutal et inédit depuis la création de la série sous ce nom, s'explique par un mélange de succès précoces, de promotions vers d'autres horizons et d'une relève encore en phase de maturation.
Un vide laissé par la réussite
Paradoxalement, cette absence est d'abord le fruit de l'excellence de la filière française. Les talents qui occupaient le devant de la scène ces dernières années ont, pour la plupart, validé leur ticket pour l'échelon supérieur ou trouvé des débouchés professionnels prestigieux, vidant le réservoir de la F2 sans qu'une transition immédiate ne soit prête.
- Isack Hadjar, après une montée en puissance spectaculaire et une saison 2025 solide comme réserviste et pilote d'essai, est désormais tourné vers la Formule 1. Son objectif est clairement la grille de départ de la catégorie reine pour 2026, probablement avec Racing Bulls, capitalisant sur la révolution technique à venir.
- Théo Pourchaire, champion F2 2023, a définitivement tourné la page des formules de promotion. Après des expériences variées, il a sécurisé un avenir professionnel enviable : il sera pilote titulaire pour Peugeot en WEC (Hypercar) dès 2026.
- Victor Martins, figure de proue de la génération précédente, a lui aussi quitté le giron de la monoplace junior. Faute d'opportunité immédiate en F1, il rebondit par la grande porte en rejoignant Alpine en Endurance pour la saison 2026, tout en gardant un pied en F1 via des tests.
Un trou générationnel en F3
L'autre cause majeure de cette absence est le "creux" temporaire dans la pyramide d'accession. La génération suivante, celle qui évolue actuellement en Formule 3 et en FRECA (Formule Régionale), n'est pas encore prête à monter en F2 pour 2026 ou a choisi de redoubler pour jouer le titre en F3.
- Alessandro Giusti, membre de la Williams Racing Academy, aurait pu être un candidat naturel à la montée. Cependant, il a été officiellement annoncé qu'il rempilera en Formule 3 pour une nouvelle saison en 2026 avec MP Motorsport, avec l'objectif clair de jouer le titre avant d'envisager la F2.
- Sami Meguetounif, bien qu'ayant montré de belles choses en F3, semble se diriger vers d'autres opportunités ou n'a pas sécurisé de baquet en F2, une catégorie où le budget et le soutien d'une académie F1 sont cruciaux.
- Les espoirs de demain (Evan Giltaire, Théophile Naël, Enzo Deligny) sont encore en phase de développement. Evan Giltaire et Théophile Naël, brillants en FRECA, s'orientent vers la Formule 3 pour 2026 afin de consolider leur apprentissage avant de viser plus haut.
Une grille 2026 internationale et verrouillée
La grille F2 2026 s'est remplie très tôt, avec une forte présence de redoublants internationaux et de nouveaux talents issus d'autres horizons, ne laissant que peu de place à l'improvisation pour des pilotes français sans budget illimité. Voici un aperçu des principaux duos confirmés :
- Invicta Racing : Joshua Dürksen et Rafael Câmara.
- Hitech GP : Le duo de choc formé par Colton Herta et Ritomo Miyata.
- ART Grand Prix : Tasanapol Inthraphuvasak et Kush Maini.
- Prema Racing : Mari Boya associé à Sebastián Montoya.
- MP Motorsport : Oliver Goethe et Gabriele Minì.
- DAMS : Dino Beganovic aux côtés de Roman Bilinski.
On note par exemple l'arrivée surprise de Colton Herta (star de l'IndyCar) ou la confirmation de talents sud-américains comme Rafael Câmara, champion F3 en titre, qui ont verrouillé les baquets les plus convoités. Même l'écurie française ART Grand Prix, historiquement pourvoyeuse de talents tricolores, alignera un duo international (thaïlandais et indien) en 2026.
Une simple année de transition ?
Si l'absence de Français en F2 pour 2026 est un fait marquant, elle ne doit pas être vue comme un déclin structurel. Elle est la conséquence mécanique de la réussite de la vague précédente (Hadjar, Pourchaire, Martins) qui a "quitté le nid", combinée à la stratégie de maturation de la vague suivante (Giusti, Giltaire, Naël) qui vise le titre F3 en 2026. Rendez-vous est pris pour 2027, où la Marseillaise devrait à nouveau résonner dans l'antichambre de la F1.
