Une voiture télécommandée défie une Formule 1 en vitesse : le record stupéfiant de « The Beast »
Imaginez une voiture de la taille d’une valise cabine dépassant, en ligne droite, la quasi-totalité des monoplaces de Formule 1. C’est précisément ce qu’a accompli Stephen Wallis, ingénieur britannique de 43 ans, en propulsant sa création artisanale à 377,73 km/h sur le tarmac de l’aérodrome de Llanbedr, au Pays de Galles. Un exploit homologué par le Guinness World Records le 19 septembre 2025, laissant le monde de la mécanique pantois.
Le contraste est saisissant : d’un côté, les écuries de Formule 1 engagent des centaines de millions d’euros pour grappiller quelques dixièmes de seconde. De l’autre, un passionné conçoit, dans son garage, pour environ 2 000 livres sterling et en dix-huit mois, une voiture télécommandée capable de rivaliser avec les machines les plus sophistiquées de la planète.
« The Beast » : une innovation révolutionnaire née d’un drone
Derrière ce record se cache une idée à la fois simple et géniale. Wallis ne s’est pas tourné vers les technologies traditionnelles des voitures radiocommandées, mais vers l’univers des drones quadricoptères. Son raisonnement ? Utiliser les moteurs haute performance d’un drone industriel — ceux que l’on retrouve sur les engins cinématographiques dits de classe BEAST — et les fixer directement aux roues, en position horizontale.
Résultat : aucune transmission, aucun différentiel, aucun système de direction mécanique. La voiture tourne simplement en modulant la vitesse de ses quatre moteurs, à l’instar d’un drone ajustant la puissance de ses hélices pour changer de cap. Une élégance mécanique rare, éliminant toutes les pertes par friction inhérentes aux architectures classiques.
Les caractéristiques techniques qui suscitent l’admiration
The Beast mesure 1,1 mètre de long et ne pèse que 10,5 kg. Sa carrosserie aérodynamique, ses espaceurs de suspension à lames et ses supports d’amortisseur arrière sont entièrement imprimés en 3D. La structure intègre également de la fibre de carbone et de l’aluminium. Le tout est alimenté par une batterie fonctionnant à 75,6 volts, permettant d’atteindre le 0 à 100 km/h en à peine 3,5 secondes et de franchir la barre des 320 km/h en moins de dix secondes et demie.
Sa livrée blanc, vert néon et rose n’est pas uniquement esthétique : elle permet de distinguer la voiture à l’œil nu, même lorsqu’elle disparaît au loin dans un vrombissement de moteurs électriques. Car à 377 km/h, elle file à une allure vertigineuse.
Le record en perspective : que valent réellement les vitesses en Formule 1 ?
Pour mesurer l’ampleur de cet exploit, il convient de le comparer aux performances des monoplaces de Formule 1. En conditions de course standard, ces dernières atteignent des pointes comprises entre 338 et 354 km/h sur les lignes droites les plus rapides du calendrier. La référence officielle en Grand Prix ? 378 km/h, établie par Valtteri Bottas lors des qualifications du Grand Prix d’Europe 2016 à Bakou — un record que The Beast frôle de manière troublante.
Il existe bien un record absolu pour une Formule 1 : 413,205 km/h, réalisé par Alan van der Merwe sur les Bonneville Salt Flats à bord d’une Honda F1, dans des conditions hors compétition et sur un circuit de sel plat. Toutefois, dans le cadre d’un usage réel sur circuit, The Beast se hisse au niveau des performances des voitures les plus rapides du monde.
Cette relativisation des vitesses rappelle d’ailleurs que la gestion de l’énergie occupe désormais une place centrale en Formule 1 moderne, bien loin de la simple quête de vitesse maximale.
Un projet familial, sous une pluie galloise battante
L’histoire de The Beast est aussi celle d’une belle aventure humaine. Wallis, qui travaille à temps partiel chez Royal Enfield Motorcycles dans le Leicestershire, avait découvert les voitures télécommandées à l’âge de huit ans. C’est son fils Rory, âgé de 13 ans, qui a ravivé cette passion il y a quelques années, poussant son père à repousser les limites de ce loisir.
Un premier prototype, surnommé « la Crone », avait déjà impressionné la communauté des amateurs de radiocommandé en atteignant 208 km/h (129 mph) lors des événements ROSSA en juin 2024, avec des roues de seulement 43 mm de diamètre. Wallis s’était alors fixé un objectif : dépasser les 320 km/h. Il était loin d’imaginer qu’il pulvériserait les 377 km/h quelques mois plus tard.
Le jour du record, les conditions étaient loin d’être idéales. Sous une pluie galloise diluvienne, Wallis a dû lancer The Beast sans même pouvoir la distinguer clairement, les yeux brouillés par les trombes d’eau. Pourtant, la voiture a filé avec une stabilité remarquable, selon les observateurs présents, avant de s’inscrire définitivement dans les annales des records.
Une innovation disruptive : quand le garage rivalise avec le paddock
Ce qui rend cet exploit philosophiquement captivant, c’est la disproportion des moyens. En Formule 1, les budgets colossaux des écuries et les centaines d’ingénieurs mobilisés ne permettent que des gains de performance infimes. Wallis, quant à lui, a construit sa machine pour 2 000 livres, seul dans son garage, en transposant la technologie d’un drone grand public.
Cette démarche illustre un phénomène bien connu dans le monde de l’ingénierie : la miniaturisation et la démocratisation des composants électroniques ouvrent des possibilités autrefois réservées aux laboratoires de pointe. Les moteurs brushless, les contrôleurs électroniques de vol et les batteries à haute densité énergétique, désormais accessibles à des prix raisonnables, permettent à des passionnés de frôler des performances de niveau mondial.
Un message pour inspirer la jeunesse
Stephen Wallis en est lui-même conscient. « Ce fut un travail de longue haleine, mais cela en valait entièrement la peine. J’espère que cela pourra inciter davantage de jeunes à s’intéresser aux sciences », a-t-il déclaré après l’homologation de son record. Un message d’autant plus fort qu’il a été motivé par le désir de partager sa passion avec son fils.
The Beast dans l’histoire des records en radiocommandé
The Beast ne surgit pas de nulle part dans l’histoire des voitures télécommandées. L’Américain Nic Case avait été le premier à franchir le cap des 320 km/h (200 mph) avec sa R/C Bullet, établissant des records Guinness successifs en 2008, 2013 et 2014. Le précédent record battu par Wallis s’élevait à 351,69 km/h (218,53 mph) — The Beast l’a dépassé de plus de 25 km/h en une seule tentative.
La validation de ces performances repose sur l’organisation ROSSA (Radio Operated Scale Speed Association), qui établit des standards internationaux pour les compétitions de vitesse en radiocommandé, à l’image de ce que représente la FIA pour la Formule 1. Cette institutionnalisation confère une légitimité incontestable à l’exploit de Wallis.
Une certitude s’impose : là où la Formule 1 repousse les limites de la technologie avec des moyens quasi illimités, The Beast prouve qu’une idée brillante et une passion inébranlable suffisent parfois à rivaliser avec les sommets du sport automobile. De quoi méditer le temps d’un clignement d’œil — soit exactement le temps que met la voiture à parcourir une trentaine de mètres à pleine vitesse.






